18 05 2005 Update : Le ministre de l’économie et des finances en rajoute une couche
Thierry Breton dans son intervention du 16 mars propose 2 mesures incitatives pour l’investissement et l’accompagnement des ‘pme innovantes’ (c’est quoi la différence entre les pme innovantes et les jeunes entreprises innovantes ? y-a-t-il une volonté particulière à utiliser l’un ou l’autre des termes ?).
Bref, ces propositions sont TRES intéressantes pour ceux qui travaillent dans l’innovation de toute façon pour la simple et bonne raison que la démarche commerciale vis à vis d’un grand groupe est totalement transformée ! on propose des idées neuves (toujours difficiles à faire passer dans des organisations trop souvent sclérosées) et en plus on demande de l’argent … le combat est perdu d’avance … tandis que maintenant, on peux justifier d’un avantage fiscal important (65% de déduction des sommes effectivement versées sur un projet de recherche dans la limite de 2,5% de l’IS 2004).
Si je compte bien, sur les 50 milliards de bénéfices affichés par les premières entreprises françaises, et si elles jouent toutes le jeu, le montant ainsi mobilisable est de (((50 /0,67)-50) x 0,025) / 0,65) = 755 millions d’euros, doublons le chiffre pour faire bonne mesure et la France se dote d’un milliard cinq cent dix millions d’euros de capacité supplémentaire d’investissement (en fonds propres et en participation à des projets de recherche -là encore, la définition exacte des projets de recherche qui entrent dans le cadre méritera précision extrème-) dans la recherche et l’innovation.
Logiquement, cette mesure est incitative pour les grands groupes et est donc cumulative pour la ‘PME Innovante’ aux avantages du statut de jeune entreprise innovante !!! … Que du bon ! Quand c’est y que c’est voté ?
Billet d’origine :
2 pleines pages dans la Tribune et un quart dans le Figaro, l’information est reprise par tous les grands quotidiens français vendredi dernier : Alain Juillet annonce officiellement le lancement de son dispositif de soutien financier aux entreprises ’stratégiques’ françaises.
Il faut saluer les efforts conséquents du gouvernement depuis 2 ans pour offrir un cadre avantageux à l’entreprise innovante en France, l’évolution du dispositif depuis 2000 est impressionante et aucun entrepreneur français qui travaillait dans le domaine à l’époque n’aurait osé imaginer les avantages de l’entreprise innovante qui se crée aujourd’hui ! le parcours du combattant de l’époque n’a rien de commun avec celui, visiblement plus soft, d’aujourd’hui.
Ce dispositif financier prévu et attendu du programme d’Alain Juillet doit permettre à la France de réagir face aux velleités d’investisseurs étrangers avides de récupérer des technologies de pointe françaises.
Un dispositif bien encadré et spécialisé par domaines d’interventions : sécurité globale, technologies de l’information et de la sécurité, sous traitance aéronautique, nanotechnologies et défense, doté d’un comité de suivi et de 3 sociétés de gestion, de 5 fonds … de quoi réaliser un travail de veille technologique complet sur l’innovation en France à moindres frais pour l’état
La naissance de l’innovation technologique en France est, non sans humour, souvent attribuée par la communauté internationale à la complexité administrative de notre cher pays qui façonnerait notre intellect. La qualité de nos écoles d’ingénieurs y est aussi pour beaucoup et il est vrai que la France est souvent le berceau d’innovations qui s’envolent rapidement vers des marchés plus ouverts à l’innovation, faute d’y avoir trouvé des débouchés suffisants pour survivre. Injecter des fonds de haut de bilan dans ces entreprises est il la bonne solution ? des formes de crédits de trésoreries couplés avec des contrats publics pourraient peut être s’avérer mieux adaptés …
Que faut il comprendre à la lecture des articles de vendredi dernier ?
Que la France se donne les moyens d’intervenir indirectement (et donc légalement face aux normes européennes) lorsque tout va mal et que l’innovation va bientôt quitter le nid ?
Que la France cherche enfin à préserver une marge potentielle de croissance pour les années qui viennent en conservant ‘au chaud’ son patrimoine de technologies avec les risques de ‘fonctionnarisation’ de la recherche appliquée, qui nous le savons sont meurtriers pour le développement d’innovations ?
Que la France débloque 2 milliards d’euros pour soutenir l’innovation industrielle des grandes entreprises et seulement 200 à 250 millions pour les milliers de PME innovantes ? alors que nous savons tous que l’innovation ne nait pas dans les grandes entreprises … mais dans des PE …
Que l’état apporte son ‘expertise technologique’ aux fonds et va jouer un rôle de conseil ? … J’ose espérer comme je l’exprimais plus haut que l’état ira plus loin et permettra à ces entreprises d’accéder aux marchés publics et aux appels d’offres européens, ainsi offrira un volant d’affaires suffisant à ces entreprises pour qu’elles ne soient pas ’sous perfusion’ pendant des années. L’idée de l’interlocuteur unique entre la jeune entreprise innovante et l’administration est excellente, il faudra préciser son périmètre d’intervention, mais espérons qu’il sera trés large et qu’il aura une vrai capacité de diffusion d’information et d’influence pour faire avancer la firme.
Il est dit dans l’un des articles traitant du dispositif que ne bénéficieront d’un avis favorable que les projets présentant des débouchés techniques et commerciaux réels … Oui mais … Dans les domaines des technologies de l’information et d’internet notamment, l’environnement est si volatil que les virages à 180° sont monnaie courante et les périmètres de marché impossibles à définir précisément tant qu’une masse critique d’usage et donc de visibilité n’est pas atteinte. Loîc le Meur le souligne très bien : ‘En gros, il faut atteindre une très grande masse critique d’utilisateurs pour trouver le business model éventuel, ce qui n’empèche pas que ces entreprises puissent atteindre une forte valeur avant même de trouver un modèle. A suivre… Probablement le comble du risque. Vous cherchez un business plan ? Il n’y en a pas encore, seulement des pertes !’
Les schémas traditionnels de l’entreprise sont bien loin des modèles actuels ! pour autant, le point d’orgue d’une entreprise innovante réside dans sa technologie et ses applications, puis ensuite de l’usage qui s’en fait l’échos, après viennent les modèles de revenus, souvent tardivement, trop tardivement pour l’entreprise française qui n’obtient généralement que les moyens de son développement technologique, pas celui d’un développement commercial et d’une prospection proportionné aux besoins !
A contrario, les états unis donnent à leurs entreprises technologiques des accès privilégiés aux marchés de l’état, les grands groupes nationaux mettent un point d’honneur à acheter et à soutenir les nouvelles technologies et les américains se concentrent sur la valeur ajoutée qu’ils peuvent donner à leurs clients. En France, les marchés de l’état sont souvent des portes muettes, les grandes entreprises trop grandes pour travailler avec de petites sociétés qui risquent de disparaitre et notre culture scientifique, trop supérieure, ne peut intègrer la dimension ‘client’, on ne l’écoute pas ! il y a donc beaucoup de freins à l’innovation et la prédation avertie est rendue possible par ces attitudes, le droit et l’interventionnisme n’y feront rien, la pédagogie et la diffusion d’information surement beaucoup plus.