Rapport Olivennes

Développement durable, Peer to Peer Laissez un commentaire

L’Internet n’est pas une nouvelle frontière … c’est un lieu de vie, donc d’échanges.

Comment échanger ?, en étant plusieurs, en créant des liens.
Comment créer des liens ?, en trouvant des points communs.
Comment trouver des points communs ?, en se connaissant mieux les uns les autres.
Comment mieux se connaitre ?, en se présentant les uns aux autres.
Comment bien se présenter ?, en disant qui nous sommes.

Et comment dire qui nous sommes si nous ne pouvons pas nous qualifier et nous retrouver à travers nos lectures, écoutes, photos, images, jeux, passions, amours, avis, convictions, projets, créations, connaissances, lieux de vie … ???

Le rapport Olivennes traite nos échanges de piratages. Sa volonté de marginaliser l’échange, de le rendre négatif, tend à enfermer notre société au lieu de l’ouvrir. Ce discours n’est pas compréhensible par les nouvelles générations n’ayant pas connu la vie sans Internet et sans un ordinateur permettant de copier / coller de l’information sans autres limites que la taille des disques durs et les flux des bandes passantes.

Ce rapport est-il le reflet de la société dans laquelle nous voulons vivre ? Ses conclusions et préconisations me semblent tout simplement passéistes voire obscurantistes. Nous devons être au Moyen Age de la société de l’information ! autorité, régulation, répressions, sanctions, désincitations, ordres, surveillance permanente, le mot filtrage est employé plus de 50 fois dans le rapport dixit … Remarquez : prévenir, tolérer, expliquer, sensibiliser, intégrer … sont présent, aussi …

Le rapport Olivennes est un remarquable travail d’intoxication. Le lecteur assimile facilement l’échange de fichiers, donc le téléchargement “illégal” à l’écoute d’un fichier alors que ce sont 2 usages très différents. Par proximité, le téléchargement et l’écoute sont assimilés à l’achat d’un support type CD ! Comme si à chaque fois que j’entends un morceau à la télévision, à la radio, chez un ami, j’achetais plusieurs fois le même CD de l’artiste. C’est une transposition hâtive et peu orthodoxe, le rapport entre l’achat et le nombre d’écoutes est plutôt de 1 à 200 quand le rapport entre l’écoute effective et le téléchargement est de l’ordre de 1 pour 1 000.

Effectivement, les jeunes téléchargent beaucoup de morceaux de musiques … qu’ils sont loin d’écouter toujours … et quelques fois uniquement partiellement, pour se faire une idée. Bref l’usage n’est pas le même et le nombre de téléchargements ne peux pas être mis en relation 1 pour 1 avec le nombre d’achats de CD, c’est du Sophisme à l’état pur et les majors le savent bien.

L’utilisation de réseaux Peer to Peer pour échanger gratuitement des fichiers remet en cause le mode de financement de la diffusion culturelle, pas de sa production, ni de sa création qui sont déjà largement aidés. Les auteurs savent bien que leurs créations ne peuvent plus se vendre de la même façon qu’avant et trouvent d’ailleurs beaucoup d’autres solutions pour se diffuser (Myspace plutôt que Fnac ou Virgin).

L’implication de l’état français dans le développement de programmes culturels par le biais de subventions perdure depuis des lustres. Le débat autour des droits d’auteurs cache résolument la béquillisation de la création culturelle francophone. La redevance télé (qui est arrivée ce week end avec la taxe d’habitation) n’a jamais été un impôt productif … pourtant elle perdure.

De la même façon qu’aujourd’hui l’industrie musicale (depuis 2000) et cinématographique, les grands acteurs Telecom, l’industrie de la photo argentique, les médias d’une façon générale depuis quelques années voient leurs modèles révisés de façon drastique, bousculés par les nouveaux paradigmes de la société de l’information et doivent s’en accommoder. Il y à quelques années, des filières entières d’approvisionnement et de distribution ont ainsi été réévaluées par l’arrivée de supermarchés … Toutes les industries sont impactées par des innovations, ça s’appelle le progrès !

15 millions d’abonnés aux FAI en France, à raison de 30 euros par mois … = 5,4 Milliards d’euros par ans … Les français PAYENT largement pour utiliser Internet !!!
Près de 12 milliards d’euros générés par le e-commerce en France en 2006 (source journaldunet) : les français DEPENSENT leur argent en ligne.
Proportionnellement, le chiffre d’affaires des producteurs de disques en France était de 1,302 milliards en 2002 et ne fait que baisser, 0,8 en 2006 quand leur CA réalisé en ligne reste archi marginal, qq millions d’euros. Le CA des ventes de DVD et de cassettes vidéo reste plus élevé à 1,6 milliards sur 12 mois glissants.

Sommes toutes, les enjeux du téléchargement illégal ne sont pas dans la protection des droits d’auteurs mais dans le mode de rémunération de leur distribution … Alors, organiser d’autres modes de rémunération (Réduction de la TVA sur les factures des FAI & Subventions de projets autour du développement de l’offre de téléchargement légal en ligne -payante et gratuite-, de la VOD etc … par exemples) suffira largement à freiner le phénomène des copies illégales et à accompagner le basculement inexorable de cette industrie dans une nouvelle dimension toute numérique … et arrêtons de traiter à tous crins les jeunes, désargentés, de pirates !

Et pour remettre le débat en perspectives, le mot de la fin revient à Liberté, commentateur anonyme d’un blog :

“Mettre à disposition en lecture gratuite des BD, cela revient à “piller” les droits d’auteur, comme internet aujourd’hui est accusée de “piller” également. La FNAC a été l’ancêtre d’Internet “agitateur” car “pilleur” pour diffuser la culture tous azimuths auprès de ceux qui ne pouvaient pas se la payer.
C’est triste ce que la FNAC est devenue…où es tu Max le fondateur ?”

Rédigé par: liberté | le 26/11/2007 à 17:51

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2 Commentaires to “Rapport Olivennes”

  1. Yves A écrit :

    http://www.lexpansion.com/economie/actualite-high-tech/la-licence-globale-fait-son-retour-grace-a-alice-et-neuf-cegetel_135491.html
    Cool, ca bouge !

  2. Yves A écrit :

    Hier, le club Média et Communication des anciens de l’Essec recevait Pascal Negre, président directeur général d’Universal Music France et président du syndicat national de l’édition phonographique (SNEP).

    Introduction en forme de diatribe contre le peer to peer, vaine croisade que ce personnage haut en couleurs poursuit depuis la naissance de Napster. Il reconnait lui même que la France est le pays dans lequel il y a le plus de téléchargements et d’échanges de fichiers “illégaux”, on se demande pourquoi :-) … Quand il nous a présenté le modèle de VU, j’avais l’impression d’écouter la présentation de l’offre d’un FAI ou d’un opérateur mobile tellement le modèle est compliqué et alambiqué … Tout est fait pour rendre les choses opaque.
    Une tentative de démonstration de la non persistance des fichiers dans le numérique à cause du renouvèlement des mobiles et des ordinateurs qui justifierait des DRM limités dans le temps et sa prise de position contre la licence globale à achevé de me convaincre qu’il n’était pas possible de communiquer, nos points de vue sont trop divergents …
    Le personnage reste fort sympathique et lorsqu’il parle de son métier de producteur de talents … il est bien plus crédible que lorsqu’il parle d’Internet et de modèles de nouveaux médias …

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